Nouvelle Doxologie

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We are just waiting for the old folks to die
We are just waiting for the old thoughts to die

—Nicolas Jaar

« Et la Vérité sera avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps ». Ce verset est le credo de cette revue. Autrement dit, nous pouvons croire en la Vérité, car Elle est naturelle et éternelle. Face à cela, qu’est-ce que le catastrophiste est supposé écrire ? Le catastrophiste a pour objectif de distordre la réalité avec les mots, afin que le lecteur puisse percevoir le danger d’une situation. Sauf que dans ce cas-ci, la réalité est déjà dangereuse. Comme elle est déjà absurde selon le satiriste. Parce que leur langage les amène à ces conclusions. Le satiriste a ses « suppôts de la bêtise », le catastrophiste ses « morbidités de la temporalité ». Ces expressions manipulent les relations entre l’auteur et le lecteur. Dès lors, me voici retirant ma peau de satiriste et éloignant la peau du catastrophiste pour en revêtir une toute autre. Je suis l’infinitésimal de l’infini, la poussière du ciel étoilé, je suis le collaborateur de la Vérité. « Collaborateur de la Vérité, ne va-t-il pas un peu trop loin ? Cela ressemble davantage à une auto-congratulation égomaniaque qu’à une sincère démonstration. ». Non, je suis un collaborateur de la Vérité et je n’ai pas à aseptiser mes expressions pour m’astreindre de ce à quoi je me dessaisis. Les faits sont tels que je vais les exposer. Il y a un problème qui parasite le monde et il faut le décrire, en mangeant le ver avec la pomme s’il le faut. Pourquoi le monde n’est-il plus qu’une source exemptée de tout ressourcement ?

La langue est la source, le langage le ressourcement. La source est morte, le ressourcement la pérennisation de la vie. Quand l’incorporel s’incarne, il devient corporel. Autant dire qu’un monde sans incorporalité est impossible, de même qu’un monde sans corporalité : la langue est vaine sans acte, le langage est vain sans sens. Dès lors, cette résultante : les métaphores sont les perverses de la langue. Cette perversité, c’est l’héritage langagier. Quand bien même, imaginons : ne serait-il pas possible de nous débarrasser de ces perversités langagières pour prôner un langage si pur que cela serait comme si nous employions la langue ? Un langage linguistique : c’est utopique. Or, une utopie dans son approche a des relents de paradis, dans sa réalisation des relents d’enfer : c’est notre purgatoire. De là, voyons jusqu’où la lumière paradisiaque peut nous mener en nous tenant éloignés des ténèbres infernales qui pourraient nous séparer de nos prisons.

Les langages se composent selon des prédispositions linguistiques que sont les modalités et les terminologies. Ils ne peuvent pas altérer les modalités. Par exemple, « je avons deux bocal » est exprimable, pas témoignable, à moins que cette phrase ait un sens caché pour celui l’ayant fomenté, mais dans ce cas, c’est un langage personnel, ce qui est en contradiction avec ce qui définit un langage. Ils peuvent agrémenter les terminologies. Par exemple, « homoousious » est devenu une terminologie indispensable dans la théologie trinitaire depuis le concile de Nicée, alors qu’elle n’apparaît pas dans les Écritures. Il y a un échange constant entre langue et langage. Mais c’est la langue qui a la main mise universelle, là où le langage s’exprime dans le particulier. Cependant, la langue, elle, ne s’exprime pas : c’est l’origine par laquelle nous puisons pour que jaillissent nos pensées sous formes langagières.

La langue n’est pas un jeu, le langage l’est. Par exemple, si je parle de « suppôts de la bêtise », vous comprendrez ce dont il est question. Mais imaginons une personne extérieure à notre contexte, à qui je parle des « suppôts de la bêtise », sans définir ce à quoi cela se rapporte. Peut-être ne comprendra-t-elle pas. Peut-être pensera-t-elle que c’est un hapax qui se déploiera sous des termes plus appréhensifs dans la suite de mon discours. Peut-être croira-t-elle que c’est une expression sans importance pour la continuité de notre dialogue. Peut-être demandera-t-elle directement à ce que je définisse cette expression. Peut-être comprendra-t-elle. Peut-être m’affiliera-t-elle aux catastrophistes. Peut-être m’entreverra-t-elle comme un satiriste. Peut-être n’osera-t-elle pas comprendre et feindra l’incompréhension pour être certaine qu’elle ne s’est pas trompée quant à mes paroles. Il existe un amas de potentialités quant à la réception de cette expression de « suppôts de la bêtise » par des personnes extérieures. Les personnes intérieures, elles, savent quelle est la signification de cette expression. Néanmoins, si je l’utilise à des moments aléatoires et non opportuns, la mécompréhension sera de mise, car j’en aurais altéré sa signification primordiale de par un mésusage. C’est une règle implicite que son usage dans un contexte relatif et si cette règle n’est plus suivie, le langage de ce contexte peut s’écrouler. Par exemple, si je vous donne une pièce d’échec et que je vous dis qu’il s’agit du roi, vous ne comprendrez pas comment l’utiliser dans le contexte des échecs, car vous ignorez selon quelles règles elle doit être utilisée. Il en est de même de l’expression « suppôts de la bêtise ».

Un langage est formellement systématique et le plus systématique est le langage logique, car son existence même se fonde uniquement sur son système : en dehors de lui, il n’existe pas. « A est B, B est C, donc A est C », « Si A est B, alors A est C. A est B, donc A est C »… : le langage logique se limite à l’utilisation de telles expressions. À partir de cette phrase-ci : « le langage logique peut décrire la phrase pour ce qu’elle est, en listant les attributs d’une phrase », si j’ajoute l’expression « n’est-ce pas ? » à sa fin, la phrase devient interrogative, ce qui fait que je peux agrémenter ma définition par les attributs constitutifs d’une phrase interrogative.

Le langage logique s’articule autour de relations d’égalité. Le langage cinématographique partage cet attribut. Aussi, ils sont des langages de moyen, désirant que le monde nous devienne plus révélateur. Toutefois, leurs finalités divergent. Le langage logique veut que cette révélation du monde s’acte dans une compréhension, le langage cinématographique dans une transformation. Le langage logique affirme, le langage cinématographique suggère. Le langage logique n’est pas à caractère transcendantal : il vise la certitude totale. Le langage cinématographique est à caractère transcendantal : il vise la certitude pratique. Un logicien dit ce qui peut être dit, un cinématographe montre ce qui peut être dit. Ce qui est dit peut être dit, ce qui est montré ne peut être dit. Le logicien découvre, le cinématographe crée. Le langage logique est l’exception langagière quant à son caractère non-ludique.

Le langage logique décrit le monde tel qu’il est : il ne l’explique ni ne le déduit. Le monde, lui, ne peut décrire le langage logique. Par exemple, « J’aime le fromage » n’est pas une sentence qui peut être exprimée par le langage logique, car il n’existe aucune certitude totale à son sujet. Même si je mange tous les jours du fromage et que j’expose un visage radieux devant leur dégustation, ce n’est pas suffisant pour émettre d’un point de vue logique que « J’aime le fromage ». Rien ne prouve que je feinte, que j’agis sous la contrainte ou que cela soit une illusion que je suggère. « J’aime le fromage » est une proposition psychologique, « J’aime le fromage » ne peut être vérifié, « J’aime le fromage » est dès lors une proposition insignifiante. Le langage logique ne sert qu’à catégoriser et définir. En dehors de cela, il est silencieux. De son côté, le langage cinématographique image le fait non-empirique qu’est le monde. Le monde, lui, peut décrire le langage cinématographique. Par exemple, « J’aime le fromage » est une proposition qui peut être témoignée par le langage cinématographique sans qu’elle soit illusoire. Là où le langage logique est silencieux, le langage cinématographique parle, de telle sorte à rendre Dieu, le monde et l’âme visibles, d’où son caractère transcendantal.

Le langage logique s’aligne entièrement sur les prédispositions linguistiques et il permet à nous les rendre connaissables. Savoir si c’est la langue ou le langage logique qui a émergé en premier revient au dilemme de l’œuf et de la poule : mieux vaut l’écarter et nous soumettre à la conclusion non-définitive que la langue est arbitraire de ces prédispositions, le langage de ces règles. Ce qui est vérifié par la logique est confirmé par l’expérience. Par exemple, le fait qu’une chaise est un siège avec dossier et sans accoudoirs est logique, le fait qu’une chaise existe eo ipso est mystique. La logique entraîne la mystique. La langue est logique, le langage ana-logique : il joue avec la logique pour participer à sa transcendance et ceci ne peut que s’acter par la transformation. Par exemple, vous pouvez décrire le tableau Hylas et les nymphes peint par John William Waterhouse à quelqu’un ne l’ayant pas vu, mais cette description ne suffit pas à ce que le non-participant devienne participant : il doit être présent dans le jeu langagier pour assimiler le langage. Cela, parce que le jugement devient objectif dès lors qu’il y a participation du sujet au jugement.

Un langage est un instrument de témoignage : il exprime et peut être compris. Il y a dès lors une maîtrise du langage. Apprendre le langage de la métaphysique est similaire à apprendre de nouvelles terminologies et de nouvelles articulations. Ce qui signifie qu’un langage peut être vérifié par autrui. Par exemple, si je disais « l’existence avant l’essence », les métaphysiciens traditionnels comprendraient ce que je dis, mais ils n’accepteraient pas la teneur du propos exprimé ; ils en douteraient. Pour douter, il doit y avoir présuppositions. Ces présuppositions viennent de la maîtrise du langage, pas d’ailleurs. Cette maîtrise du langage présuppose des certitudes. Donc, le doute présuppose la certitude. Un doute qui doute de tout n’est pas un doute : nous ne pouvons douter de quelque chose dont nous sommes absolument incertains à son propos ; nous ne pouvons douter de quelque chose que si nous sommes présupposés de certitudes à son propos. Par exemple, « Il vangelo secondo Matteo est un film italien » est une proposition raisonnable, parce qu’il y a présupposition de la connaissance que le titre Il vangelo secondo Matteo est constitué de mots italiens. Exemple à contrario, « Aucun animal n’a deux pattes et quatre pattes simultanément ». Est-ce je dis cela parce que je n’ai jamais vu un tel animal ? Évidemment que non : je dis cela parce que jamais je ne pourrai voir un tel animal. De là, un langage admet des terminologies conventionnelles. Si les métaphysiciens traditionnels sont en désaccord avec ce que j’ai exprimé, c’est parce qu’il y a une convention quant à la signification d’ « existence » et d’ « essence ». Ces conventions doivent être uniformes. C’est ce qui permet à ce qu’il y ait un accord dans l’usage d’une terminologie dans un langage donné en tant que médiation de communication. Sans cela, pas de jugement. Sans jugement, que des préjugés : les langages deviendraient obsolètes.

Les langages de moyen servent à élever, comme le ferait une échelle, qui doit être basculée à la suite de sa montée. Les langages de finalité, eux, sont l’élévation même, sans qu’il n’y ait eu à s’échelonner. Les langages de moyen servent la Vérité. La Vérité sert les langages de finalité. Les deux sont nécessaires. Le langage universitaire doit être formateur, le langage journalistique doit être informateur, le langage politique doit être performateur : ils doivent être des langages de moyen. Or, ce sont des langages de finalité, ce qui entre en contradiction avec leur caractère respectif : former, informer et performer sont des moyens, pas des finalités en elles-mêmes. Quand les moyens deviennent finalités, il n’y a plus d’activité. La volonté commune de ces trois langages est de fomenter une totalisation uniforme de laquelle serait engendré un langage linguistique où ne se déploierait plus aucune activité : le ciel étoilé leur échappe.

La totalisation uniforme veut limiter les langages à des terminologies conventionnelles pour traiter de l’anecdotique. Il y a inconscience des divers prodiges des jeux langagiers, parce que nos langages ont tendance à faire en sorte que tout se ressemble, alors que ce sont justement les jeux langagiers qui permettent de se rendre compte que les langages sont autant constitués de similitudes que de dissimilitudes. La totalisation uniforme veut supprimer ces prodiges. Un monolithisme langagier s’engage sur la voie d’un monolithisme de la vie. Il sera dès lors de sa règle que d’organiser la mort de l’art de vivre qui fleurit encore à nos pieds.

Le monolithisme langagier s’établit sur le langage formateur, le langage informateur et le langage performateur ; des langages où clarté, jugement, imagination et expression sont dessaisis. Le langage post-structuraliste est porteur de cet intellectualisme aux longs mots. « Économie libidinale », « performativité du genre », « phallogocentrisme » : le refus élémentaire d’adresser les problématiques du quotidien avec un langage du quotidien, l’impossibilité de se représenter ce qui se trame derrière ces terminologies. Le monolithisme ne peut admettre avoir tort.

Le relativisme langagier s’établit sur des terminologies déconstruites et non clarifiées, des images du monde tronquées de jugements et des interlocuteurs croyant avoir de l’imagination car en étant complètement dépourvus : expression sans consistance et sans profondeur qu’est la leur. C’est la compréhension d’un langage sans son appréhension, protection face à l’incompréhension. Tout le monde comprend les terminologies « charisme », « way of life », « culture » ; personne n’appréhende leurs origines. Le relativisme ne peut admettre avoir raison.

Le monolithisme qui se prétend relativisme acte une détention des tensions. Dans un tel monde, nous pouvons être mis à bas pour dire que deux et deux font quatre, nous pouvons être persécutés pour avoir proférer l’hérésie d’appeler un triangle une figure à trois côtés, nous pouvons être pendus pour publier la nouvelle que l’herbe est verte. Les universitaires, les journalistes et les politiciens sont les agents pavloviens rendant cet impossible possible. Face au langage formateur, au langage informateur et au langage performateur, il nous faut une réforme. Nous ne pouvons comprendre la langue, mais nous pouvons l’appréhender. De là, créer et aimer.

La pratique d’un langage est automatique. Nous nous exprimons en n’ayant aucune idée de ce que symbolise ou signifie chaque mot que nous employons, tout comme nous parlons sans savoir comment les sons de chaque syllabe sont produits. Un langage exprime toujours une intention déjà d’elle-même dans sa perception de la réalité. Le modèle logique d’un langage linguistique exclut toute intention, car il ne se prévaut que de ce qui est, pas de comment cela est. Le modèle logique d’un langage post-structuraliste inclut une intention préventive, car il ne se prévaut que de ce qu’il est, pas de ce qui est. Or, le langage, lui, inclut une intention non pas qui prévient, mais qui survient. Un langage linguistique est pacificateur, un langage est martial. C’est de ce caractère guerrier que découlent les jeux langagiers. Par exemple, si je pense que la Jeanne de Bresson est la plus transcendantale et que la personne en face de moi pense que c’est la Jeanne de Dreyer qui est la plus transcendantale, il ne peut y avoir de place pour deux Jeanne la plus transcendantale ; il doit y avoir dispute. Nous pouvons nous disputer poliment, humainement, avec des bénéfices mutuels des deux côtés, mais inévitablement, nous devons nous disputer. Sans désaccord, pas de création. Sans désaccord, pas d’amour. La source reste, mais le ressourcement disparaît : la mort conquiert la vie, le mensonge triomphe de la Vérité.

Le pluralisme admet la collaboration à la Vérité. Ceux actant dans cette voie ne sont pas les citoyens d’une communauté d’idées : ils tairont les amis, ils écouteront les ennemis ; ils attaqueront les amis, ils défendront les ennemis. Ils ne persuaderont, ni ne dissuaderont : ils exposeront leur nudité pour s’égaler dans la collaboration à la Vérité.

Comment collaborer à la Vérité ? Nous ne savons plus écrire ni lire. Nous ne savons plus écouter ni parler. Nous ne savons plus appréhender ni créer et aimer. Est-ce dramatisation de ceux qui dramatisent ? Socrate, philosophe habité par la raison, et Jésus, théologien habité par la foi, avaient tous deux le logos et ils ont été mépris, détruits et haïs. Aujourd’hui, c’est l’Europe qui est méprisée, détruite et haïe, car l’Europe méprend, détruit et haït. Quand l’Europe appréhende, crée et aime, nous ne retenons que son débordement, pas le fait que cela soit un fleuve de vie, car il est facile de poser en guerrier sous un régime de liberté et de démocratie. La comédie est devenue une tragédie, s’arrêtant à l’empoisonnement et à la crucifixion, oubliant la réincarnation et la résurrection. Tant de gens vivent si mal, tant de gens meurent si bien : le drame est réel. Cela, parce que la nature humaine a tendance à compliquer la vie, alors que la vie en elle-même est simple. Si je commence à étudier le Zen, les montagnes seront montagnes ; si je pense comprendre le Zen, les montagnes ne seront plus montagnes ; si j’arrive à une connaissance complète du Zen, les montagnes seront de nouveau montagnes. Ainsi a été accentuée la complication d’un instrument de l’ordinaire qu’est le langage.

« Monsieur, vous fûtes un junkie notoire, comment pourrions-nous prendre au sérieux vos leçons de moralisation ? ». L’argument ad hominem est le jeu langagier le plus efficace pour convenir d’une image du monde, pas d’une vérité du monde. Nous ne nous interrogeons pas sur le fait que telle phrase soit énoncée, nous nous interrogeons sur sa crédibilité. Autrement dit, le contenu importe plus que la raison de sa formulation, comme si la création était un acte dont le processus est ex nihilo, alors qu’il est sui generis.

« Oriana Fallaci est fascisante ». La gamine à bicyclette dont le panier cache des grenades transmises à la résistance, la femme faisant fuir l’Ayatollah en lui imposant sa chevelure, la dame écrivant à l’enfant qu’elle n’a jamais eu, la créature humaine fascisante parce qu’ayant eu le courage de témoigner de son désaccord avec la tournure du monde. L’outrance langagière : quand le désir du bien devient le vice de la convoitise, quand l’émotion permet l’expertise, quand l’anecdotique soumet le monde à ses extrapolations, quand mentir est vertueux.

« Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non- événement ». C’est une potentialité, pas une nécessité. Ce qui présuppose que d’autres potentialités existent : elle peut l’envisager comme un événement, comme un passé révoltant, comme un futur congénital, comme un présent transformable. Mais dès lors que c’est une potentialité indésirée qui est mise en exergue, l’interprétation devient une arme frontale pour approvisionner une diffusion et une extension de la frustration qui fatigue plus qu’elle n’éveille. Traduire un langage, c’est le trahir.

« Wikipédia est autant fiable que Britannica ». L’approximation langagière permet à faire passer une anecdote pour un événement historique, une erreur pour une vérité. Le fait est dès lors trompé quand la syntaxe est ainsi bricolée pour révéler ce qui n’est pas révélateur. « Wikipédia est presque autant fiable que Britannica » est la phrase qui aurait du être formulée pour entrer en concordance avec le fait. La simplification langagière est une denrée précieuse, à partir du moment que la complexification de sa pensée n’est pas réduite.

« Afghanistan : un bébé nommé Donald Trump fait polémique ». Pendant ce temps, Boyan Slat va vidanger cinquante pourcents des détritus océaniques sur les cinq prochaines années. Mais qu’importe : ce n’est pas un nom qui éveille la fascination des privations impérissables, c’est un nom qui éveille la vaticination des exaltations passagères. L’essentiel est régurgité, l’anecdotique est ingurgité. Le fleuve de vie dessèche, le ruisseau de mort abreuve. Ainsi le collaborateur de la Vérité n’est-il plus qu’un péripatéticien dans un monde se fructifiant dans les vérités prostituées.

Pour collaborer à la Vérité, il faut penser la vie : en allant de l’éphémère à l’éternel, de l’éternel à l’éphémère, pour harmoniser la richesse de la vie et la grandeur de la Vérité. La prémisse de cette harmonie est le mystère que la Vérité est vraie et que l’être puisse collaborer avec Elle. S’échapper de ce mystère est impossible, à moins de se nourrir de mensonges. Tout tendre vers une unique cause ou n’en tendre vers aucune est ennuyant pour l’intelligence, tendre vers des causes plurielles est gratifiant pour l’intelligence. Cependant, en toutes époques, c’est l’ennui qui a été préféré à la gratitude, bien que la gratitude n’ait jamais été autant accessible qu’aujourd’hui. Mais cet accès est bafoué, car nous n’appréhendons plus le français et nous le faire comprendre en langage post-structuraliste reviendrait à nous mentir. Car qui dit accès dit réceptivité et la mission du langage post-structuraliste est de propager son esprit et de détruire en même temps toute réceptivité. C’est un langage qui n’aime pas, car il refuse que toute vérité se révèle comme elle est. C’est un langage qui haït, car il refuse toute collaboration et veut seulement la servitude. Et cette haine dont il témoigne devient populaire : nous sommes poussés à ne plus réfléchir sur une idée, nous sommes construits à partir de bricolages intellectuels, nous sommes inculqués à un langage éloigné de la réalité. C’est la métamorphose de la réalité jubilatoire en une métaphore charmante. Tel le charisme ayant pacifié l’Europe par le sang juif, telle la way of life ayant pacifié la vie par le fascisme hédoniste, telle la culture ayant pacifié l’art par la désacralisation routinière, le langage post-structuraliste veut pacifier le monde par la haine de la réconciliation. Tout s’aseptise. Combien de temps encore ?

« Combien de temps encore avant que la catastrophe nous empêche toute réaction ? ». Non : combien de temps encore avant que nous croyions ? La catastrophe est en voie d’advenir et tout ce qui est advenu et tout ce qui adviendra sera dès lors renversé, nous abandonnant à ce qui advient. Les lucioles ont disparu et cette perte est acclamée par des hommes lassés d’être humains. Mais les lucioles ne sont pas disparues : nous les ferons réapparaître et ce qui était une nostalgie du croire deviendra une charité du croire. Nous marcherons dans ce désert nucléaire du postmodernisme avec ce que nous aimons et nous y enracinerons nos cerisiers. Car même dans un monde où il n’y a plus rien à aimer ni à enraciner, rien pourtant ne pourra nous abstenir d’aimer et d’enraciner. Nous chevaucherons le tigre, nous sentirons l’innocence, nous apporterons le glaive, nous défendrons la beauté : tel est l’élan de la vie.

En vérité, en vérité, je vous le dis : pour collaborer à la Vérité, nous devons être des saints à Son égard. Nous aurons l’humilité quant à notre condition humaine, nous serons prêts à succomber de notre mortalité, nous accepterons une hospitalité radicale des pensées marginales, nous engendrerons une puissance créatrice en son Nom et cela selon la sainteté de la beauté. Ce sont là les quatre forces qui nous meuvent et pallient à nos nombreuses faiblesses. Mais une fois qu’elles sont régulées par la sainteté qui habite le monde, elles deviennent sources de béatitudes, étant destinées à ressourcer leurs détenteurs pour puiser plus en profondeur dans la Vérité. Pour écrire dans cette revue, vous ne devez pas avoir foi en Dieu, vous ne devez pas avoir la raison socratique, vous devez aimer que cela soit de compassion ou de passion, vous devez croire en l’Europe. Croire en l’Europe, c’est être pris par le mouvement de la réconciliation. Réconciliation entre l’infinitésimal et l’infini, entre la poussière et le ciel étoilé, entre la corporalité et l’incorporalité, entre la raison et la foi. Et cela, pour ce qui a été, est et sera inséparable tous les jours jusqu’à la fin des temps : l’Amour de la Vérité.

Sont samplés : Robert BRESSON, G. K. CHESTERTON, Julius EVOLA, Oriana FALLACI, Jean-Luc GODARD, Emmanuel KANT, Karl KRAUS, Pier Paolo PASOLINI, Joseph RATZINGER, D. T. SUZUKI, Hans Urs VON BALTHASAR, Ludwig WITTGENSTEIN

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